Un mot du Frère Clément AA pour le troisième Dimanche de l’Avent, dit « de la joie », « Gaudete ».
Chaque hiver, mon âme part en voyage très loin, à l’Est. Je suis poussé à me procurer une littérature en conséquence. Dans les frères Karamazov, Dostoïevski décrit une scène où la mère d’une jeune fille guérie par un starets (figure du moine-sage de l’orthodoxie russe) confesse qu’elle converse avec ce dernier, n’aspirant qu’à être louée pour sa sincérité dans sa confession de son impuissance à surmonter l’ingratitude.
Voici la réponse du starets : « Est-ce bien vrai, ce que vous me dites là ? Après ce dernier aveu, je suis tout à fait convaincu de votre sincérité et je crois en la bonté de votre cœur. Si vous ne parvenez pas au bonheur, n’oubliez jamais que vous êtes sur la bonne voie et efforcez-vous de ne pas la quitter.
Avant tout, fuyez le mensonge, tous les mensonges, et surtout ceux qu’on se fait à soi-même. Et surveillez-vous, démasquant en vous le mensonge à toute heure, à chaque instant. Évitez aussi le dégoût, aussi bien des autres que de vous-même : ce qui peut vous sembler mauvais dans votre nature se trouve déjà purifié par la conscience que vous en avez.
Combattez de même la peur, bien que celle-ci ne soit qu’un effet du mensonge. Ne vous laissez jamais effrayer ou décourager par vos faiblesses ou par votre lâcheté dans la poursuite de l’amour, ne vous laissez pas abattre dans cette lutte, fut-ce par vos propres mauvaises actions.
Je regrette de n’avoir rien de plus encourageant à vous dire, mais l’amour agissant est une chose dure et terrible en comparaison des rêves que l’on s’en fait. Celui qui rêve de l’amour a soif d’action immédiate, héroïque, rapidement accomplie, suivie d’une admiration universelle pour lui. Les hommes en arrivent même de cette façon à sacrifier leur vie pour de bon pourvu que cela ne dure pas trop longtemps, mais se termine vite, comme sur un théâtre, sous les regards et les éloges. L’amour agissant, tout au contraire, exige de l’effort et de la patience, et il est pour certains comme une science qu’il s’agit d’acquérir.
Sachez toutefois qu’au moment même où vous constaterez avec effroi l’inutilité de tous vos efforts et où vous reconnaîtrez que, loin de vous rapprocher du but, vous vous en êtes apparemment éloignée, sachez que c’est à ce moment-là exactement que vous y serez en réalité parvenue, et vous verrez alors en vous en pleine clarté l’action miraculeuse du Seigneur, dont l’amour vous aura soutenue et mystérieusement guidée pendant tout ce temps. Excusez-moi de ne pouvoir rester davantage avec vous, mais on m’attend. »
Chers amis, n’attendons donc pas d’autre joie (gaudete) que celle qui nous sera donnée à Noël dans un certain dénuement intérieur, il est vrai.
Frère Clément AA

