Le miracle du Credo

Le P. Bernard Gross a prêché lors de la célébration œcuménique à l’Église Saint Matthieu qui s’est tenue le dimanche 19 janvier à l’occasion de la Semaine de Prière pour l’Unité des Chrétiens, en remplacement de notre messe paroissiale habituelle. Voici son enseignement !


D’abord, je voudrais remercier les pasteurs et les prêtres ici-présents qui ont bien voulu me donner la parole aujourd’hui. C’est une joie de nous rencontrer chaque année, à l’occasion de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens.

Je sais que ce n’est pas beaucoup, une seule fois en début d’année. Mais je me réjouis quand même, qu’une fois par an, nous renouvelions ensemble notre volonté d’être toute l’année bienveillants les uns envers les autres.

Pas seulement par altruisme, mais parce que c’est la volonté de notre Seigneur que nous soyons réellement frères et sœurs, avec nos particularités.

C’est d’autant plus fort cette année que nous sommes réunis autour de deux événements indépassables, ne pouvant advenir que par Dieu : la résurrection, dans les yeux ébahis de Thomas, et la création du Credo de Nicée-Constantinople.

Événement précurseur, la résurrection de Lazare a été l’ultime signe donné aux contemporains de Jésus pour qu’ils trouvent sans trop de peine des réponses à leurs questionnements concernant le Messie. C’était la parfaite signature de Jésus en ce monde, en tant que Dieu, et difficile à nier.

Nous sommes déjà tellement heureux que Dieu se soit fait homme. Nous avons fêté l’événement il y a peu. Ce rapprochement est inouï et propre au christianisme. Nous devons en être fiers et en témoigner, même si ce n’est pas aisé, de nos jours.

Nous sommes déjà tellement heureux que Jésus aille, déterminé, chercher la brebis perdue où qu’elle soit, pour la prendre sur ses épaules et la ramener en lieu sûr. Nous sommes déjà tellement heureux que Jésus veuille s’aventurer dans nos vies pécheresses, nos vies malades et nous prodiguer sa miséricorde et sa guérison. Et j’en passe.

Mais qui aurait pu penser que ce même Jésus descende jusque dans les abîmes de la mort, là où la corruption fait déjà son irréversible travail ? Qui aurait pu penser qu’il est à ce point le maître absolu de la Vie, qu’il puisse affronter pour nous la mort physique et nous en extirper ?

La résurrection de Lazare est un signe qui a été visible par les contemporains de Jésus, pas seulement dans le but de faire quelque chose de spectaculaire, mais pour nous prévenir d’une mort plus grande encore, sournoise : la mort spirituelle, celle qui est choisie librement par l’homme lui-même.

Oui, Jésus est Dieu, né de Dieu, lumière né de la lumière, vrai Dieu né du vrai Dieu. C’est l’éclairage que nous donne le deuxième événement indépassable que nous fêtons aujourd’hui : la rédaction du Credo de Nicée-Constantinople.

Soyons très reconnaissants envers les évêques conciliaires, environ 250. Je parle de miracle parce que pour moi, c’est l’Esprit-Saint qui les a tous mis d’accord, essentiellement contre un certain Arius, qui a réussi à répandre ses idées réductrices parmi les chrétiens du 4ᵉ siècle.

Jésus pas tout à fait Dieu, mais très très proche. Comme si c’était nécessairement une déchéance pour Dieu que de prendre un corps humain, comme s’il risquait de perdre de sa divinité en cet homme Jésus, lui qui a créé l’homme et la femme et qui a trouvé que cela était très bon.

Intellectuellement, l’idée d’Arius est défendable, mais pour la foi, c’est une catastrophe. Vouloir ramener tout seulement à ce que je peux comprendre avec mon cerveau risque de me faire passer à côté de la plus grande histoire d’amour possible et vraiment salvatrice.

Comme disait l’académicien André Frossard : « Qu’est-ce que la foi ? Ce qui permet à l’intelligence de vivre au-dessus de ses moyens. »

Et la foi, elle, naît de ce que je suis aimé de Dieu le Père, avec Jésus et l’Esprit-Saint.

Rappelons-nous de ce que Dieu affirme à son prophète Isaïe, chapitre 55, versets 8 et 9 : « Mes pensées ne sont pas vos pensées, et vos chemins ne sont pas mes chemins, – oracle du Seigneur. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus de vos chemins, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. »

L’apôtre Paul a probablement les mots justes, lui qui a fait une expérience unique, fondatrice, qui a transformé le loup qu’il était en un petit agneau. Dans l’épître aux Philippiens, chapitre 2, versets 6 à 9, nous lisons : « Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom. »

Et j’en profite pour rappeler ici une autre entente apostolique des premiers temps, moins connue, et que l’on trouve dans la lettre aux Galates, au chapitre 2, verset 9 : « Ayant reconnu la grâce qui m’a été donnée, Jacques, Pierre et Jean, qui sont considérés comme les colonnes de l’Église, nous ont tendu la main, à moi et à Barnabé, en signe de communion, montrant par là que nous sommes, nous, envoyés aux nations, et eux, aux circoncis. »

Partout où l’Esprit agit, les fruits sont garantis jusqu’à la fin des temps.

Le Credo de Nicée-Constantinople, cette entente de nombreux évêques en 325, à l’ombre de l’Esprit-Saint, garantit que nous ne passions pas à côté de cette merveilleuse œuvre de salut de l’humanité qu’Irénée de Lyon a puissamment résumé en si peu de mots : « Dieu s’est fait homme pour que l’homme se fasse Dieu. » Athanase, Grégoire de Naziance et Grégoire de Nysse, entre autres, reprendront cette formule, et d’autres jusqu’à la fin des temps.

Jamais nous ne voudrons être presque sauvés par un Jésus presque Dieu. Toujours nous le reconnaîtrons vrai Dieu et vrai homme, tous ensemble, dans la joie d’une vie chrétienne en Lui, en paroles et en actes. Qu’est-ce à dire ? Nos paroles et nos actes sont donc porteurs de la grâce divine, en avons-nous assez conscience ?

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