L’expérience libératrice de Dieu

Un texte de Maurice Zundel (Conférence de Maurice Zundel au Cénacle de Paris le 28 janvier 1967. Publié dans « Au miroir de l’Évangile »)


L’expérience de Dieu, cette expérience libératrice, est aussi et toujours – dans la mesure où elle se produit, où elle se réalise authentiquement – une révélation. Je veux dire que l’homme libéré de lui-même crée un espace de lumière et d’amour, et il exerce sur les autres une contagion bienheureuse qui est déjà une révélation, d’ailleurs indispensable : sans cette révélation, toutes les autres seraient vaines.

Il n’y a pas de neutralité, en effet, dans la présence humaine : une présence humaine est une action, c’est une action essentielle : on peut dire que toute notre action tient à notre présence. Vous entrez dans une chambre, vous y déterminez un certain courant, bon ou mauvais, créateur ou destructeur, mais il n’y a pas de neutralité. Notre présence est nécessairement un centre de rayonnement, lumineux ou ténébreux, selon le choix que vous faites de vous-même.

Il est donc certain que la présence libératrice, cette expérience où l’homme atteint à lui-même, dans cette rencontre avec la beauté toujours antique et toujours nouvelle qui l’attend au plus intime de lui-même, est nécessairement un foyer de lumière qui atteint les autres, qui peut rayonner sur toute l’humanité et sur tout l’univers.

Cette révélation a immédiatement, on peut dire par identité, le caractère d’une incarnation, c’est-à-dire que Dieu ne s’annonce pas ici sous la forme d’un discours, sous la forme d’un système philosophique, d’une explication du monde ou même d’une règle de vie. Il se révèle comme une Présence et vous sentez tout ce qu’il y a, dans ce mot de Présence, de richesse.

Les isolés qui n’ont personne, qui sont réduits à un dialogue avec leurs quatre murs, sont dans une situation dangereuse, parce qu’il est impossible de dialoguer avec des murs. On ne peut devenir quelqu’un que pour quelqu’un. La Présence, c’est la suprême richesse que l’on puisse communiquer, si elle est une présence réelle, c’est-à-dire si elle est vraiment un présent, un cadeau, un don de soi. Et c’est sous cette forme de Présence que Dieu se révèle, essentiellement, selon le degré même où la transparence humaine lui permet de se manifester.

Il y a donc une sorte d’identité entre l’expérience libératrice, révélation et incarnation. Il n’y aura jamais de révélation authentique, s’il n’y a pas une expérience libératrice. Parce que Dieu s’atteste, spirituellement, il s’atteste en notre esprit, il s’atteste en notre vie, comme la condition même de ce dialogue, où de quelque chose on devient quelqu’un. On est donc sûr, a priori, que là où il n’y a pas une telle expérience libératrice, il ne peut pas y avoir de révélation.

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