Il est une vieille coutume du temps de l’Avent, que je nous propose de redécouvrir. Il s’agit des messes Rorate. Cette ancienne tradition qui nous vient du Moyen Âge consiste à célébrer une messe à la lumière des bougies, en faisant retentir l’introït grégorien : « Rorate cœli desuper ». C’est pourquoi pendant le temps de l’Avent, les messes du samedi soir à St-Bernard seront des messes Rorate.
Historiquement cette messe était célébrée tôt le matin, alors qu’il faisait encore nuit et elle se finissait à l’aube. La symbolique est très belle, elle nous invite à vivre un Avent spirituel ! C’est-à-dire à réfléchir, méditer sur le sens de ce temps liturgique. Sur ce qu’il nous donne à voir, à vivre du mystère du salut et à se laisser toucher et rejoindre intérieurement.
Permettre à chacun de se laisser toucher par l’humanité souffrante et égarée que décrit le livre d’Isaïe et dont moi aussi, je fais partie, voilà l’intention du Rorate cœli. Le refrain du chant nous invite à nous souvenir de ce peuple qui marchait dans les ténèbres et qui était dans l’attente de l’Astre d’en haut, le Soleil de justice, cet enfant qui naîtra à Bethleem. Ainsi nous pourrons chanter : « Cieux, répandez d’en haut votre rosée et que les nuées fassent descendre le Juste ».
Dans la nuit de l’attente messianique que nous fait revivre chaque année le temps de l’Avent, les quatre couplets qui composent notre introït grégorien nous offrent chacun une méditation :
– Le premier couplet est un constat, la Cité sainte est en ruine ! « Sion a été désertée, Jérusalem est en désolation ». Et la cause est connue : « Ne te mets pas en colère, Seigneur, ne garde plus souvenir de l’injustice ». Le lieu de la Présence divine est devenu désert, ou pour le dire autrement, la Présence à désertée les lieux.
– Le deuxième est un aveu : « Nous avons péché et sommes devenus impurs ». Ce couplet nous invite à reconnaître nous aussi nos offenses, car il n’est pas franchement enviable d’être « balayés comme le vent » et « brisés sous le poids de nos fautes ». C’est pourtant l’expérience faite par l’âme que le péché a éloignée de Dieu.
– Dans l’avant-dernier couplet, l’humanité blessée par le péché pousse un cri vers le Ciel : « Vois, Seigneur, l’affliction de ton peuple ». Elle en appelle au Messie et à sa miséricorde : « Envoie l’Agneau, le Maître de la terre […] afin qu’il ôte le joug de notre captivité ».
– L’ultime couplet fait retentir la réponse divine. « Console-toi, console-toi mon peuple, bien vite viendra ton salut ». Dieu y invite à la confiance : « N’aie pas peur », et il se fait connaître comme le Rédempteur. C’est sans doute le plus bel enseignement de l’Avent. Le roi qui va venir et devant qui tout genou fléchira, porte un nom magnifique, il s’appelle « Dieu sauve », Yehoshua !
Valentin, Diacre
