Lundi de Pentecôte, Léon XIV a publié sa première lettre encyclique : Magnifica Humanitas (MH). Une lettre encyclique a une portée doctrinale. Cela signifie qu’elle a un degré d’importance élevé. Le pape François, en 13 ans de pontificat en aura publié deux : Laudato Si’ (2014) et Fratelli tutti (2020). Chaque encyclique répond à un appel pressant du temps présent. Elle rappelle les fondements bibliques et théologiques de notre foi pour éclairer notre regard sur le présent. A cela s’ajoutent les données apportées par les Pères de l’Eglise (premiers siècles), les conciles, les autres écrits des papes, et les apports des saints et de théologiens plus récents. Léon XIV invite donc chaque fidèle à s’emparer de la question de l’intelligence artificielle comme réalité incontournable de notre monde. Que nous l’utilisions ou non, il est de notre devoir de réfléchir avec le souci d’une foi éclairée par la raison.
Frère Clément, Augustin de l’Assomption, vicaire
Voici donc un extrait telle une clef de voûte de toute cette lettre :
Je voudrais enfin employer un mot qui me tient à cœur : “désarmer”. Désarmer l’IA, c’est la soustraire à la logique de la compétition armée qui n’est plus aujourd’hui seulement militaire, mais aussi économique et cognitive. C’est la course à l’algorithme le plus performant et à la banque de données la plus vaste dans le but de consolider un avantage géopolitique ou commercial sur tous les autres. Désarmer, c’est rompre cette équivalence entre la puissance technique et le droit de gouverner. Désarmer ne signifie pas renoncer à la technologie, mais l’empêcher de dominer l’humain. Cela signifie la soustraire aux monopoles, la rendre discutable, contestable, et donc habitable, en la restituant à la pluralité des cultures humaines et des formes de vie. La tâche, aujourd’hui, n’est pas seulement éthique ou technique : elle est écologique au sens le plus radical, car elle met en jeu une nouvelle dimension de notre Maison commune. L’IA est déjà un environnement dans lequel nous sommes immergés et un pouvoir avec lequel nous devons composer. C’est pourquoi il ne suffit pas de la réglementer : elle doit être désarmée et rendue accessible.
Magnifica Humanitas, 110
